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Deux équipes de recherche du Centre d’Immunologie de Marseille Luminy, en collaboration avec l’industriel Bristol Myers Squibb, ont établi la première carte cellulaire détaillée du lymphome B diffus à grandes cellules, le cancer du sang le plus fréquent chez l’adulte. Publiés dans la revue scientifique internationale Blood, ces travaux révèlent cinq profils de cellules tumorales qui coexistent au sein d’une même tumeur, et montrent que l’un d’eux permet de prédire, dès le diagnostic, quels patients risquent de ne pas répondre au traitement standard.

Une collaboration entre deux équipes marseillaises du CIML et un partenaire industriel

Cette avancée est le fruit d’une collaboration étroite entre deux équipes de recherche du Centre d’Immunologie de Marseille-Luminy (CIML, Aix-Marseille Université / CNRS / Inserm) et le groupe pharmaceutique Bristol Myers Squibb (BMS).

Les deux équipes marseillaises ont uni leurs expertises complémentaires : l’une, menée par le Dr Pierre Milpied, directeur de recherche à l’Inserm, chef d’équipe et directeur du CIML, est spécialisée dans l’analyse des réponses immunitaires à l’échelle de la cellule unique ; l’autre, menée par le Dr Sandrine Roulland, directrice de recherche à l’Inserm et chef d’équipe au CIML, et le Dr Bertrand Nadel, directeur de recherche à l’Inserm et directeur de l’Institut Carnot Calym, est spécialisée dans la biologie des lymphomes B et les mécanismes de lymphomagenèse. Ce travail a également mobilisé le réseau national de l’Institut Carnot Calym, des cliniciens et anatomopathologistes de plusieurs hôpitaux français (Créteil, Rennes, Montpellier, Toulouse, Rouen, Villejuif, Marseille), ainsi que des équipes de recherche canadiennes et américaines pour la validation des résultats.

Du côté industriel, Bristol Myers Squibb a apporté son expertise scientifique et un soutien financier déterminant, illustrant la manière dont la collaboration entre recherche académique et industrie pharmaceutique peut accélérer la transformation d’une découverte fondamentale en outil utile aux patients. Ce projet a par ailleurs bénéficié du soutien du Cancéropôle Provence-Alpes-Côte d’Azur, de l’Institut National du Cancer (INCa), de la Région Sud et de l’Institut Carnot CALYM.

Un cancer fréquent, mais imprévisible

Le lymphome B diffus à grandes cellules touche chaque année des milliers de personnes en France. Traité par immunochimiothérapie (une association d’anticorps et de chimiothérapie), il guérit la majorité des patients. Mais 30 à 40 % d’entre eux rechutent ou ne répondent pas au traitement, avec un pronostic alors nettement plus sombre.

Jusqu’ici, les médecins disposaient d’outils limités pour anticiper cette évolution dès le diagnostic. La classification actuelle, basée sur de grandes catégories de tumeurs, ne rend pas compte de la diversité des cellules cancéreuses à l’intérieur même d’une tumeur — une hétérogénéité que l’on soupçonnait d’expliquer en partie ces échecs thérapeutiques, sans avoir pu jusque-là la cartographier précisément.

Une carte cellulaire inédite, cinq profils tumoraux récurrents

Grâce à une technologie de séquençage à l’échelle de la cellule unique, l’équipe a analysé plus de 107 000 cellules prélevées chez 63 patients, au diagnostic, en rechute ou lors de la transformation d’un lymphome moins agressif. Cette approche permet d’observer, cellule par cellule, la diversité des tumeurs et de leur environnement immunitaire, là où les analyses classiques ne donnaient qu’une moyenne globale.

Les chercheurs ont ainsi mis en évidence cinq « archétypes » : cinq programmes génétiques distincts que les cellules tumorales peuvent adopter. Fait marquant, ces cinq profils se retrouvent chez la quasi-totalité des patients, coexistant dans des proportions variables au sein d’une même tumeur. Cette diversité constitue une nouvelle grille de lecture de la maladie, complémentaire aux classifications génétiques existantes.

Un profil tumoral associé à un moins bon pronostic

Parmi ces cinq profils, l’un d’eux — caractérisé par des cellules « dormantes » ressemblant à des cellules mémoires du système immunitaire — s’est distingué : lorsqu’il est majoritaire dans une tumeur, les patients ont statistiquement moins de chances de rester en rémission durable après le traitement standard. Ce résultat a été confirmé sur deux grandes cohortes indépendantes de patients dans le monde, ce qui renforce solidement sa valeur prédictive.

Les chercheurs ont également identifié un autre indice favorable : la présence, dans l’environnement de la tumeur, d’une population particulière de lymphocytes T (des cellules immunitaires) capables de reconnaître et d’attaquer les cellules cancéreuses. Leur abondance au diagnostic est associée à une meilleure réponse au traitement.

Ensemble, ces découvertes ouvrent la voie à un nouvel outil de stratification des patients : un test capable, dès le diagnostic, d’identifier ceux qui risquent de ne pas répondre au traitement standard et qui pourraient bénéficier d’une prise en charge adaptée ou renforcée.

Vers une médecine de précision pour les patients

Ces résultats ouvrent deux perspectives concrètes. À court terme, ils posent les bases d’un test biologique capable de repérer, dès le diagnostic, les patients à haut risque d’échec thérapeutique, pour leur proposer une stratégie de traitement adaptée. À plus long terme, la caractérisation précise du profil tumoral à mauvais pronostic ouvre une piste pour le cibler directement avec de nouveaux traitements, actuellement à l’étude.

L’ensemble des données générées par cette étude est rendu librement accessible à la communauté scientifique internationale, dans une démarche de science ouverte destinée à accélérer les recherches futures sur le lymphome.

A single-cell atlas of large B cell lymphomas reveals distinct malignant archetypes predictive of clinical outcomes – ScienceDirect