
Actualités: Les neurones sensoriels protègent les tissus contre les dommages inflammatoires lors d’infections virales
À propos
Une étude révèle comment le système nerveux sensoriel limite les effets délétères de l’inflammation sans compromettre l’élimination du virus
Une équipe de recherche dirigée par Sophie Ugolini, Directrice de recherche Inserm au Centre d’Immunologie de Marseille-Luminy (CIML), AMU, Inserm, CNRS, vient de démontrer un mécanisme fondamental par lequel le système nerveux sensoriel protège l’organisme contre les dommages causés par sa propre réponse immunitaire lors d’infections virales. Ces travaux, publiés dans le journal scientifique préstigieux Immunity, révèlent comment deux molécules produites par les neurones sensoriels – la substance P et TAFA4 – régulent l’inflammation de manière spécifique selon les tissus infectés.
UNE DÉCOUVERTE MAJEURE DANS LA RÉGULATION NEURO-IMMUNE
Lorsque le virus de l’herpès simplex de type 1 (HSV-1) infecte l’organisme, il déclenche une forte réponse immunitaire nécessaire pour éliminer l’agent pathogène. Cependant, cette réponse peut également causer des dommages importants aux tissus. L’étude démontre que les neurones sensoriels jouent un rôle crucial en modulant cette inflammation pour limiter les dégâts tissulaires, sans pour autant entraver l’élimination du virus.
Les travaux menés au CIML ont identifié deux voies de régulation distinctes et complémentaires :
- Dans la peau, site d’entrée du virus, la substance P produite par les neurones sensoriels TRPV1+ limite le recrutement excessif des neutrophiles, cellules immunitaires dont l’accumulation massive peut endommager les tissus. Cette régulation s’opère via le récepteur MRGPRA1 présent sur les neutrophiles, révélant un rôle anti-inflammatoire inattendu pour ce neuropeptide traditionnellement considéré comme pro-inflammatoire.
- Plus en profondeur, le virus se réplique dans les ganglions rachidiens — de petits amas de neurones situés le long de la colonne vertébrale et impliqués dans la perception de la douleur. Dans cet organe sensoriel, les neurones produisent une autre molécule, la neurokine TAFA4, qui stimule la production d’interleukine-10, une substance anti-inflammatoire permettant de calmer l’inflammation une fois le virus éliminé.
UN NOUVEAU CONCEPT : LA TOLÉRANCE À LA MALADIE
Cette étude apporte un éclairage nouveau sur le concept de « tolérance à la maladie », un mécanisme de défense qui protège l’organisme des effets délétères de l’inflammation sans interférer avec l’élimination de l’agent pathogène. Contrairement à la résistance, qui vise à réduire la charge virale, la tolérance limite les dommages fonctionnels et structurels imposés à l’hôte pendant l’infection.
Les expériences menées sur des modèles murins ont démontré que l’absence de ces voies de régulation neuronales conduit à une inflammation excessive, des lésions cutanées plus sévères et une altération de la réponse immunitaire adaptative, notamment des lymphocytes T CD8+ spécifiques du virus. Remarquablement, ces dysfonctionnements surviennent sans modification de la charge virale, confirmant que ces mécanismes neuro-immuns protègent l’intégrité tissulaire plutôt que de contrôler directement la réplication virale.
DES IMPLICATIONS CLINIQUES PROMETTEUSES
Ces découvertes ouvrent des perspectives thérapeutiques innovantes pour de nombreuses pathologies infectieuses et inflammatoires. La compréhension des mécanismes moléculaires par lesquels les neurones sensoriels régulent l’inflammation pourrait conduire au développement de nouvelles stratégies thérapeutiques visant à préserver l’intégrité des tissus lors d’infections, tout en maintenant une réponse antivirale efficace.
L’identification de ces deux voies anti-inflammatoires, impliquant les médiateurs neuronaux substance P et TAFA4, constitue une avancée majeure. Ces travaux suggèrent également que les variations interindividuelles dans la production de ces médiateurs neuronaux pourraient expliquer les différences de sévérité clinique observées lors d’infections virales chez l’homme.
À PROPOS DE L’ÉTUDE
Cette recherche réalisée au Centre d’Immunologie de Marseille-Luminy (Aix-Marseille Université, CNRS, Inserm) a impliqué des collaborations avec des équipes de l’Institut de Biologie du Développement de Marseille, de l’Université Johns Hopkins (États-Unis), de l’Université Queen’s (Canada) et de l’Université McGill (Canada).
Les travaux ont bénéficié du soutien du programme Impulscience de la Fondation Bettencourt-Schueller, du Conseil Européen de la Recherche (ERC), de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), et de la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM).

